The Dark Blue Orchestra: requiems pour la réhabilitation esthétique des criminels

Projet atypique et original, The Dark Blue Orchestra construit son univers musical autour d’une histoire. Comédie musicale s’inspirant du classique des grandes tragédies grecques avec une touche moderne du XXIème siècle, le projet est intriguant et ne peut que retenir notre attention. Afin d’en savoir plus sur The Dark Blue Orchestra, soutenus par D&M Musique Management, nous avons posé quelques questions aux membres qui nous disent tout, mais qui laissent aussi un peu de suspense. Interview !

Bonjour The Dark Blue Orchestra. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Nous créons depuis plusieurs années des requiems pour la réhabilitation esthétique des criminels. Nous sommes devenus légitimes  il y a trois ans environ, et avons décidé de raconter l’histoire de notre formation pour répondre aux multiples questions qu’on nous pose.

Vous êtes nombreux dans ce projet, alors dites-nous, comment s’est faite la rencontre entre vous ?
Salossin jouait déjà de la guitare et de l’orgue au Cirque depuis son enfance. Je pense qu’il en avait marre de composer de la musique de cirque. Son père le faisait avant lui et l’alcool a fini par le tuer.
Salossin avait avec lui plusieurs musiciens forains qui ont rejoint The Dark Blue Orchestra. Mais les gens du cirque sont un peu particuliers. Ils sont très libres et très indépendants.
Pour ma part, j’ai toujours écrit des poèmes et le chant lyrique était devenu trop rigide pour moi. Donc quand on a commencé à écrire les morceaux, ça a été très spontané.
Stephen Harrison, contrebasse, travaillait pour mon père depuis toujours. Quand celui-ci est mort, j’ai vu qu’il aimerait faire autre chose de sa vie et comme Steven jouait déjà un peu de banjo, on l’a mis à la contrebasse. 

Et « The Dark Blue Orchestra », ça vient d’où ce nom ?
Pour découvrir la réponse, il faudra écouter la comédie musicale jusqu’au bout. Nous sortons actuellement notre premier volet, puis nous sortons 2 morceaux tous les trimestres, qui raconteront peu à peu l’histoire complète. Il y en aura au moins pour 5 ans car notre histoire s’approche de la tragédie grecque, et encore c’est sans compter les aventures que nous vivons au quotidien et que nous illustrons dans nos morceaux. Tient par exemple il y a deux jours encore, j’avais mal interprété quelque chose qu’un des musiciens avait dit après un concert. Il avait dit que pour lui ce n’était “qu’un exercice de style”. JJ (batteur ndr.) a essayé de me calmer. Je suis donc parti sur-le-champ composer le requiem du musicien en question. Pour le coup le requiem était un exercice de style entre Bel Canto et Ska. Avant qu’on ait mis le processus en marche, le musicien en question a clarifié la chose et le requiem est resté inachevé. Je doute que nous puissions réutiliser la mélodie pour un autre car tous nos requiems sont uniques et souvent de vrais travaux d’orfèvrerie.

Votre univers musical est vraiment particulier alors comment définiriez-vous votre musique, votre style ?
L’histoire que nous racontons est une perpétuelle mise en abîme. Chaque personnage présent dans l’histoire n’est que la projection du musicien qui le joue et de sa personnalité. Et donc la musique ne peut être que la réflexion chamarrée de la personnalité de chacun et de son passé. Une moitié environ vient du cirque et l’autre est un mélange de musiciens classiques que nous avons débauchés. Il y a dans notre formation intégrale des membres de l’orchestre de l’Opéra de Paris. Dans nos chœurs plusieurs chanteurs lyriques aux carrières internationales. Ils nous disent souvent qu’ils envient notre style de vie car nos fans sont beaucoup plus jolis que les leurs qui ont souvent 40 ans de plus.
Il y a aussi des musiciens autodidactes qui travaillaient pour mon père avant l’accident. 

Et la compo, comment ça se passe chez vous? Chacun apporte ses idées ou il y a un chef d’orchestre ?
Salossin et moi sommes obligés de structurer tout ça en amont et de donner à chacun sa partie. Il faut se rappeler que non contents d’être issus d’univers complètement différents, nos musiciens sont parfois très indisciplinés. JJ par exemple pique très souvent des colères et peut sembler menaçant à prime abord. Parfois on doit le séparer de Théodore (piano/orgues/trompette de poche) car ils se chamaillent assez violemment. Mais ils sont les meilleurs amis du monde. JJ va mieux depuis qu’il joue de la batterie, c’est encourageant. 

Qu’est-ce qui vous inspire ?
La vie. Parfois, au cours de nos voyages, un détail nous choque, par sa beauté ou sa violence ou les deux. Généralement j’en fais un poème assez rapidement, puis la musique nous vient.
L’inspiration est dans chaque détail, dans la sincérité, dans la douleur.
La mort est une grande source d’inspiration pour nous, mais bizarrement pas dans son côté sinistre. Le fait d’évoquer souvent la mort permet de remettre en questions les choses “acquises” de la vie, d’assigner les bonnes priorités, de se libérer du carcan de la matière qu’on nous impose si souvent et partout… 

Que doit procurer la musique selon vous ?
La musique doit créer un espace où l’auditeur puisse concevoir de sa propre liberté. La musique doit évoquer des images, des sentiments. Tout est longueur d’onde. La musique est un moyen de combiner nos sensibilités respectives à ces longueurs d’onde qui composent le monde, et de composer un univers sonore avec, que l’auditeur attentif saura apprécier.
Et comme dans le monde que nous décrivons, certaines parties de notre musique sont dérangeantes. C’est parfois la guerre qui y fait rage.

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Nous savons que vous faites partis des artistes à suivre chez D&M Musique Management. C’est important de se sentir épaulés pour bien réussir ?
Nous accueillons avec bienveillance les gens bienveillants et de bonne intention. Nous avons appris à nos dépends que ne pas laisser quelqu’un qui nous proposait son aide était le meilleur moyen de s’en faire un ennemi. Nous avons suffisamment d’ennemis et il ne reste plus beaucoup d’endroits dans le monde où nous n’avons laissé quelque différent. Les différents sont un dérivé de notre musique, qui ne laisse que peu de personnes indifférentes. Mêmes sourdes en fait! Salossin a un jour entrepris la tâche insensée de composer un requiem pour un sourd à Tolède. Et le sourd a pleuré. En fait ce soir-là nous avons tous pleuré, même JJ. 

Quelques-uns de vos morceaux sont sortis sur la toile. Racontez-nous un peu leur histoire ?
La première toile sur laquelle ils sont sortis était celle sur laquelle était projeté un film d’arts et d’essais en 1996, filmé par l’assistant de François Truffaut. Le morceau est “The Dark Blue Overture”, qui est bien différent maintenant car il reprend le synopsis de notre histoire et pas mal d’eau a coulé sous les ponts depuis 1997.
“Neons” décrit la naissance de Donnie et Salossin et les paroles en disent beaucoup sur la tragédie qui nous a amené où nous en sommes.
Nous encourageons les curieux à écouter les morceaux dans l’ordre car chacun est un tableau qui raconte une partie de l’histoire du Dark Blue Orchestra. Les visuels projetés en concert facilitent également la compréhension et ajouter un niveau de lecture. 

Est-ce qu’un album serait en projet ?
Il s’agit d’un triptyque. Nous avons décidé de publier les morceaux au fur-et-à-mesure et quand une phase est complétée, de la sortir en vinyle avec les interludes et le libretto correspondant. Nous sommes nos propres producteurs donc sommes complètement libres. L’argent n’est pas un problème pour l’instant. 

Et sinon d’autres projets pour la suite ?
Nous élaborons des visuels pour chaque tableau de l’histoire. Le premier volet comprend 17 morceaux plus interludes, et ne couvre que l’enfance et l’adolescence de Donnie et Salossin, ma rencontre avec la muse Grace DiMona, jusqu’à la mort de Don DiMartino Snr et la naissance du Dark Blue Orchestra. On a encore pas mal de choses à raconter.
Nous travaillons également sur l’harmonisation des fréquences entre les projections vidéos et les échantillons musicaux. Les couleurs étant des fréquences vibrationnelles plusieurs octaves au-dessus des fréquences sonores, nous effectuons un travail qui mêle projections et improvisations sur ces couleurs.
Nous utilisons une vieille machine médicale sur scène que nous avons couplé avec Max/MSP pour une interaction son/couleur/image en temps réel, afin de créer une immersion totale du public dans l’histoire. Cela veut aussi dire qu’un show ne peut pas être pareil qu’un autre, car l’interaction son/vidéo est en temps réel et une part est basée sur l’improvisation. Mais ce n’est pas encore complètement au point et comme Salossin et moi sommes des perfectionnistes, ils est probable que cela ne soit prêt que l’année prochaine.

Que peut-on vous souhaiter pour l’avenir de votre projet ?
Moins de violence, plus de sérénité.

Une petite anecdote pour finir ?
JJ Lane, notre batteur, a très peur en avion. La dernière fois que nous volions vers San Francisco, il a pris deux somnifères qui ont commencé à faire effet avant que nous prenions nos places et on a tout juste réussi à le mettre dans son siège. Nous devions faire une petite séance photo dans l’avion pour un magazine américain et avons été obligé de lui mettre des lunettes de soleil et de garder sa bouche fermée. Ce sont les meilleures photos que nous ayons de lui: au naturel. 

On vous laisse le mot de la fin :
Nous sommes donc obligés de citer Charles Baudelaire, qui a dit très justement “Seule l’histoire n’a pas de fin”.

http://www.darkblueorchestra.com/

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