Odonata – Dans l’Oeil

Odonata - Dans l'OeilLa métamorphose du trio Odonata se sera passée sous les meilleures auspices. Une campagne Ulule plus fructueuse que prévue, des dates de concerts en pagaille et une communication avec les fans sur les réseaux sociaux digne de professionnels. Pendant un an, les personnes présentes dès la sortie de leur premier EP « De Cimes en Abîmes«  ont pu assister à la transformation maîtrisée et décomplexée du groupe.

C’est véritablement avec ce nouveau disque entre les mains que le chemin parcouru par le trio devient flagrant et l’expérience acquise sur scène, bénéfique. Baptisé « Dans l’Oeil », ce nouveau travail est rafraîchissant pour ses nouvelles sonorités mais aussi par l’aisance qui s’en dégage, donnant l’impression qu’Odonata est au début d’une nouvelle étape. Les fans ne pouvaient espérer mieux.

Le public justement, a joué un rôle important dans l’élaboration de l’album et sans doute aussi dans la confiance du trio du Grand Est. Grâce à leurs dons, Odonata a pu réaliser tous ses souhaits sur la plateforme Ulule, de bonne augure pour la création d’un nouveau disque. Etape qui peut être vue comme stressante ou cruciale. « Dans l’Oeil » s’est donc révélé petit à petit sur la toile, et avec lui un sentiment de confiance et de plaisir rendant l’attente difficile pour les fans.

Le jeu en valait la chandelle et dès la découverte du premier titre, la page de leur premier EP s’est tournée. Accompagné d’un joli clip avec des références à « Orange Mécanique » de Kubrick, « Dans l’oeil », prouve qu’Odonata a décidé d’explorer de nouveaux horizons, tout en restant cohérents avec leur style d’origine. A savoir le trio chant, basse et batterie. Si sur « De Cîmes en Abîmes », ce tryptique musical avait déjà bien fonctionné pour donner des sonorités planantes, rock voire électro, le titre éponyme se distingue par une recherche plus poussée du groove. La batterie de Jeremy Steibel apporte un rythme tantôt rapide tantôt doux, tandis que la basse de Christophe Piquet s’amuse toujours à brouiller les pistes avec la guitare et marie bien la voix de Céline Righi. La chanteuse qui cherche encore à magnifier la langue française sur les cing titres de l’opus, point primordial de leur musique.

Des paroles qui montrent une confiance palpable et un plaisir à varier les sujets et les rôles endossés. Que ce soit en référence au personnage de Uma Thurman dans Kill Bill ou simplement au serpent mamba noir dans « Black mamba », ou pour montrer qu’elle n’a pas froid aux yeux avec « Dans l’oeil », Céline Righi s’amuse avec différents thèmes et points de vue. Les textes du titre éponyme sont drôles, piquants, mais aussi réalistes et peuvent même être vus comme des avis sur l’actualité. « Avant mon corps (Qu’étais-je ?) » est le titre le plus calme de l’album et renoue avec l’introspection du premier EP tout en posant la question de la réincarnation et le pouvoir des rêves. Laissant Céline Righi faire voyager l’auditeur grâce aux échos de sa voix et au rythme de la caisse claire et de la basse discrète de ses deux compères.

Une évolution musicale se fait souvent grâce à des rencontres humaines marquantes. Celle avec la chanteuse Mary* semble avoir été importante et décisive puisqu’elle se retrouve en featuring avec le trio sur le titre « Loin des volts », apportant sa patte plus roots. Le calme dans la voix de Céline se marie très bien avec celle plus rapide de Mary, proche du flow du rap. Une réunion placée sous le signe de l’évasion et de l’envie de voir autre chose.

Comme sur le dernier morceau « Tam-tam » où il est plus question de danser, bouger, et sentir la musique au plus profond de soi qu’un véritable plébicite pour l’instrument en question. Même si en fond il est possible d’entendre des percussions africaines, passion et influences de Jeremy Steibel. Il est d’ailleurs intéressant de noter que son travail sur les cinq titres a lui aussi évolué et permet d’ajouter un rythme encore plus maîtrisé et groovy au disque. Tout comme son compère Christophe Piquet qui semble avoir pris du plaisir à jouer avec ses samplers et à pousser les limites de son instrument fétiche. Céline quant à elle pose sa voix parfaitement et semble avoir trouvé son style, tout en sachant l’adapter.

« Dans l’Oeil » est un album parfait pour entamer l’été tant il se dégage de la chaleur humaine et des rythmes groovy des cinq titres. A l’image de cette belle pochette d’album signée Thomas Schwartz et ses couleurs chaudes. Avec un tel changement dans la direction musicale et dans l’image que le groupe renvoie, les fans peuvent être confiants quant à l’avenir d’Odonata. Pendant que les dates de concerts ne cessent de croître, l’idée d’un album complet se profile sûrement dans la tête des trois artistes. Mais chaque chose en son temps, laissons le groupe profiter de sa nouvelle mue, pour le plaisir des yeux, et des oreilles.

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