Jo Cimatti : Nowhere Man

Jo Cimatti - The man from nowhereDepuis quelques années, l’équipe du bar associatif appelé « La Chaouée » à Metz peut compter sur le talent d’un artiste nommé Jo Cimatti pour des soirées à thèmes. L’homme au chapeau est capable de donner plusieurs apparence à sa musique et d’utiliser maintes influences rapidement. Aussi bien du funk, du reggae, comme de la new wave. Enthousiasme à jouer devant un public qui enjoue les soirées du public de La Chaouée, toujours dans une bonne humeur communicative.

A tel point que « Le rendez-vous de Jo » est devenu un classique du bar et un événement que les habitués ne louperaient sous aucun prétexte. Avec toujours autant d’imagination en réserve, il y en a pour tous les goûts, même si les mélanges proposés par le barbu sont pour le moins éclectiques. S’adaptant à de nombreux styles en un claquement de doigts, sa voix se mue pour imiter des artistes célèbres de tous les horizons.

Avec une telle palette de style à sa disposition, il est évident qu’une telle diversité tient d’abord d’une passion insatiable pour la musique. Cela dès l’enfance où à l’âge de 9 ans il commence à jouer de la guitare. Objet de désir qui deviendra son instrument de prédilection pour ne plus le quitter. Avec une formation de musique classique en amont, c’est le rock qui s’attirera ses faveurs, témoins de sa pluralité déjà précoce. Le début d’une grande histoire d’amour pour Jo qui ne semble plus pouvoir s’en passer, lui qui pratique la musique à temps plein depuis maintenant une quinzaine d’années. Les nombreux projets musicaux dans lesquels il est impliqué, parlent pour lui, tel un véritable boulimique musical. Le guitariste est toujours dans l’optique de faire partager sa passion au plus grand nombre et de montrer qu’il a le cœur sur la main. En résulte des projets de musiques pour des pièces de théâtres, ainsi que des comédies musicales pour des collèges ou lycées. Véritable homme-à-tout-faire et jukebox vivant , Jo est un personnage atypique dont la rencontre ne peut être qu’enrichissante, autant pour les amateurs que les mélomanes.

S’il est capable de mélanger avec maestria deux genres situés aux antipodes l’un de l’autre, le musicien barbu n’en oublie pas pour autant ses premières amoures pour la pop et la musique des années ’60. Fan de la période d’une pop colorée et psychédélique, il chérit particulièrement des groupes comme les Beatles ou les Beach Boys.

Après avoir roulé sa bosse dans les bars locaux pendant des années tout en composant de son côté ses propres morceaux, il était temps pour Jo de penser à un premier album, exercice qui devait le hanter depuis des années. L’encouragement et l’engouement du public fidèle de la scène locale ne faisant que confirmer cette envie. C’est alors en 2013 que le musicien entre en studio afin de donner vie à ce premier projet, né de l’alchimie de nombreuses années de live et d’une passion musicale insatiable. Cet album portera alors le nom de « The Man From Nowhere ».

Après avoir parcouru si longtemps les bars, ce titre d’album marque un paradoxe. Figure connue et appréciée de la ville de Metz et ses alentours, Jo Cimatti n’en reste pas pour autant un nouveau venu dans le monde des artistes qui se jettent dans le grand bain en solo. Une nouvelle expérience avec de nouveaux horizons qui s’ouvrent à lui, pour les amoureux de la musique avec un grand M. Si le musicien dit venir de « nulle part », ce n’est que pour mieux transporter avec lui de nombreuses influences et une panoplie de sonorités faisant de ce premier album un travail hétérogène et rudement bien ficelé. Le génial « Since you went away » commence par un saxophone mélancolique avant de faire place à des notes de guitares planantes et des notes de piano pas plus joyeuses pour mieux laisser Jo chanter son émotion. Comme s’il n’y avait plus que lui et qu’il voulait le crier à l’immensité du monde. « Hot as snow » quant à lui commence sur les chapeaux de roues avec ses choeurs, cette batterie rapide et ces notes de synthés tout ce qu’il y a de plus groovy. Tandis que dans « Man/machine », Jo se livre à l’expérimentation avec un morceau qui perd vite toute structure où l’on retrouve à la suite une basse puissante, des notes de piano discrète, des voix robotiques qui s’entremêlent, des choeurs qui se répondent, pour finir sur un saxophone jazzy et une batterie rapide qui se perdent dans une voix modifiée et un son industriel ; on se croirait sur « OK Computer » de Radiohead.

Si à l’écoute de ces 13 morceaux, les influences multiples de Cimatti se ressentent, il en reste une qui l’emporte sur toutes les autres et qui transparaît sur l’album entier : celle des Fab Four et leur pop british, véritable référence de l’artiste. Il suffit d’écouter les montées en puissance des guitares du premier titre « Henry », les choeurs chaleureux de « The day I die » (et ce solo de guitare plutôt enjoué) ou encore ceux de « In the mirror » et ce synthé entêtant. Les choeurs qui tiennent d’ailleurs une grande place sur cet album ainsi que les quelques modifications de voix que s’autorise l’artiste tout au long de l’album. Autant de détails qui montrent à quel point Jo est attaché à cet héritage musical britannique qu’il continue de faire perdurer à travers son répertoire. Véritable hommage rendue à cette pop des sixties/seventies, celle-ci se voit utilisée de manière à embellir les paroles en anglais et l’émotion qui s’en dégage. Entre introspection (« Henry » parle de ces amis que l’on ne voit plus), et ambiance plus chaleureuse, l’auditeur retrouve des morceaux tout en douceur avec juste Jo et sa guitare sèche et quelques accompagnements discrets , renforçant cette envie de connaître les histoires de cet homme qui vient d’ailleurs et qui a semble-t-il tant de choses à raconter (« Ashtray », « Nine past ten », ou le titre éponyme et ses sonorités indiennes).

Il ressort de la musique de Jo une authenticité doublée à une maîtrise certaine de sa guitare et de ses références musicales. « Farewell », dernier titre de l’album est un petit bijoux qui passe de la ballade au piano aux guitares électriques planantes. Aucun mot n’est nécessaire pour clôre de la plus belle des manières ce très réussi premier album. Jo va jusqu’à ne faire plus qu’un avec son instrument pour nous délivrer une musique chaude, rassurante avec une once de sensibilité qui ne verse jamais dans le larmoyant mais dans un optimisme à toute épreuve. Il le dit lui-même, Jo Cimmati vient de « nulle part », mais dès la première écoute, semble avoir toujours fait parti de votre vie.

http://www.jocimatti.com/

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