Idiograme: Sensibilité et puissance

19Idiograme est un groupe tout droit venu de Poitiers. A travers leur production 13 titres, ils nous présentent un univers punk/rock/électro dans lequel le groupe communique toute son énergie aussi bien puissante que sensible. Un joli monde à la fois classique et contemporain qui bouscule quelque peu nos oreilles muni d’une basse, d’une batterie et d’un clavier « noise ».

avatars-000032707444-a9b8ap-t200x200Pourtant, c’est en douceur que s’ouvre cet album. « A pieds joints » délivre une belle introduction progressive, toute en finesse. L’ambiance est plutôt intimiste avec ce rythme, la voix masculine très grave qui chante en anglais et cette douce voix féminine qui laisse entendre des textes en français. Le tout est presque fébrile, la mélodie est relativement simple bien qu’elle monte en puissance avant de redescendre. Il y a une vraie harmonie ici. « Gladiateur en dentelle » prolonge cette atmosphère. L’ensemble est sensuel avec ce tempo très marqué mais léger. La voix mi-chantée mi-parlée amplifie cette sensation, il y a comme un côté Gainsbourg (eux-mêmes le disent) mais aussi Étienne Daho avec cette espèce de fausse nonchalance. Un style qu’ils maîtrisent très bien et qu’ils ne cherchent d’ailleurs pas à faire évoluer en punk ou hard rock.
En revanche ce ne sera pas le cas de « Brûlure » le troisième titre. Un morceau pour le moins surprenant avec une base très rock’n roll fidèle au style mais totalement décalé pour le reste. « L’humour occidental » propose à nouveau quelque chose de relativement différent. Mêlant électro/rock dans l’intro et parties hard/rock, ce titre n’est pas forcément très clair, il reste brouillon. Dès lors, on ne sait plus vraiment s’ils cherchent leur style (qu’on pensait avoir trouver avec les précédentes) ou s’il s’agit de spontanéité, la folie du moment. « Sors de ma tête » fait également ressortir le côté sauvage d’Idiograme, de quoi rester perplexe. On se posera aussi quelques questions avec « Train train » puisqu’il reste à savoir si dans ce titre le groupe exprime l’envie de fuir le quotidien ou s’il tente de reproduire l’allure d’un train. Ce qui est sûr c’est que ça vire au bruit mais que le morceau est court.
« Imprimé dans nos chères » fait retomber l’ambiance qui change pour une atmosphère plus sombre. La voix féminine marque son retour et on comprend vite qu’il y a un décalage entre le chanteur et la chanteuse, deux univers bien distincts. Pour le coup, on a presque l’impression d’entendre une nouvelle version du second titre. Et cette impression se poursuit avec « Tout en désordre » avec toujours un texte mi-parlé mi-chanté. Mais contrairement aux autres dans ce même registre, les instrument finissent par s’entremêler, le rythme exploser. Ceci dit, les choses se font progressivement ne donnant finalement et étonnement pas une sensation de désordre. Une formule qui marche bien et le groupe semble l’avoir compris puisque « Ton ange est mort » propose de nouveau ce style. Par contre, l’ensemble est moins minimaliste, plus construit mais devient plus entêtant.
« Fuck with my rabbit » nous frappe de plein fouet avec une mélodie hard/rock un peu grossière, pas vraiment raffinée. Le fond est probablement très intéressant mais la forme plante un peu l’intérêt du morceau.
Deux lettres pour le onzième titre intitulé « Nu ». Idiograme nous proposent ce qu’ils savent faire de mieux avec le retour au rythme posé, sensuel mais avec une petite nouveauté puisque pour la mélodie ils s’inspirent assez de la mandoline, revisitée à leur façon évidemment. Évolution en ambiance plus solennel pour le douzième morceau « C’est long d’attendre ». On retrouve la voix masculine avec un texte plutôt sympa riche en jeux de mots dans lequel il peint en quelques sortes un tableau. Résonne furtivement une appartenance à l’univers du groupe Noir Désir. Pour ce titre, Idiograme joue la prudence, la retenue, une bonne recette pour un morceau plus abouti.
« L’Incendie » ferme (ou presque) l’album et porte bien son nom finalement, tel un feu qui se propage progressivement en plusieurs étapes. L’ambiance au début est spéciale voire inquiétante. Puis une coupure rythmique intéressante s’invite apportant une accélération et encore un changement de style plus loin dans la chanson. Un titre très riche effectivement, certaines parties auraient peut-être pu être raccourcies. Des passages viennent pimenter un peu le titre en revanche, avec des effets voix relevant de la psychiatrie. Ils arrivent à équilibrer le tout pour une chanson bien dosée qui ne tombe pas dans l’excessif.
Le calme revient avec un ultime morceau en piste cachée. Du moins c’est ce que Idiograme veut nous faire croire car le rythme saccadé laisse vite place à une nouvelle explosion mélodique pour un final en beauté, tout simplement parce que c’est un peu leur signature.

Un résumé en quelques mots, il est clair qu’il faut se laisser tenter par leur univers parce qu’il y a vraiment de bonnes choses dans cette production.
Bien qu’Idiograme n’arrondissent pas vraiment les angles, qu’ils fassent du bruit pour faire du bruit s’ils en ont envie, que ce soit brut et pur, il y a un vrai travail de création pour que se rejoignent les nombreux univers que le groupe veut nous faire partager. Être déraisonnable c’est bien, mais attention à ne pas en faire trop ceci dit, afin de garder ce côté innovant et frais.

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